Étude multidisciplinaire des enluminures médiévales de la Collection Marcadé

Trésor de la cathédrale de Bordeaux

Durée du projet : 2012 – 2014

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La cathédrale de Bordeaux abrite une collection privée remarquable, constituée par le chanoine Marcadé dans les premières années du XXe siècle. Cette collection qui regroupe de nombreux objets se démarque par la présence de 41 enluminures anciennes élaborées durant la période XIIe au XVIe siècles. "Arrachées" à leurs ouvrages médiévaux d’origine, elles restent aujourd’hui très mal documentées.

A l’occasion de leur restauration et de leur mise en valeur programmées, nous nous proposons ici d’étudier les matériaux (pigments, parchemin, dorures) et leur technique de fabrication pour contribuer à leur meilleure connaissance historique. Le projet s’attachera ainsi à identifier par des méthodes non destructives, les constituants des enluminures et les indices caractéristiques des techniques utilisées. Par ailleurs, l’étude des altérations permettra d’établir des diagnostics à fin de restauration et de proposer des protocoles de conservation préventive.

Pour atteindre cet objectif principal, un second objectif préalable a été fixé, qui consiste à définir une méthodologie spécifique prenant appui sur l’analyse spectrométrique des œuvres Le projet vise donc à développer une méthodologie plus généralement applicable à l’étude des collections de musées (peintures, pastels, œuvres d’art graphiques) trop peu étudiées du point de vue technique en raison de la double contrainte liée à l’impossibilité de les déplacer vers les laboratoires et de ne pouvoir recourir à des prélèvements.

A cet effet, le projet rassemble des spécialistes de différentes disciplines archéomètres, physico- chimistes et conservateurs-restaurateurs) constituant une plateforme d’échange de savoirs et de pratiques mise en œuvre autour de ce type particulier d’objets du patrimoine.

La collection Marcadé est une opportunité de proximité géographique pour l’application de la méthodologie à l’analyse d’un ensemble de peintures de manuscrits. Les enluminures qui la composent couvrent une période chronologique allant du XIIème au XVIème siècle de provenances diverses. On peut considérer l’ensemble comme une sorte d’échantillonnage aléatoire pour proposer au terme de leur étude le socle d’une étude technique. Or, les enluminures sont des objets complexes, multicouches (supports, préparation, couches picturales, dorures) et multimatériaux (organiques et inorganiques). La connaissance de leur constitution matérielle permet de suivre l’évolution et la diffusion des techniques et de mettre en évidence les différentes influences culturelles. Elles apportent aussi des données indispensables pour la conservation et la restauration des objets.

En ce qui concerne les méthodes d’examen préalables à l’analyse (imagerie infrarouge ou UV), le CRP2A se dotera prochainement grâce à un projet LABEX, d’une caméra multispectrale qui permettra de reconnaître les zones qui ont fait l’objet d’un ajout (dorure, repeint, restauration,…), d’étudier les dessins préparatoires, de compléter la vision de l’objet pour assurer la pertinence de l’échantillonnage. La caméra offrira donc la possibilité d’obtenir sur les enluminures une imagerie sous UV pour l’identification de zones repeintes, comportant des traces d’anciennes dorures, d’identification de liants...

Si les méthodes d’analyse actuellement disponibles permettent souvent, tout en préservant l’intégrité des objets anciens étudiés, une caractérisation des matériaux (pigments, dorure), les informations concernant les matériaux organiques (liants, colles, résines, etc…) sont actuellement difficilement accessibles sans recours au prélèvement, ce qui s’avère totalement exclu lorsqu’il s’agit d’étudier des manuscrits médiévaux. La solution à cette difficulté doit être apportée par le développement de techniques d’analyse in situ adaptées à ce type d’objet du patrimoine et évaluées. Certaines méthodes comme la fluorimétrie, la spectrométrie Raman ou la spectrométrie IR sont efficaces à cet égard mais nécessitent d’adapter les appareils de laboratoire aux contraintes de l’analyse in situ des peintures sur manuscrits.

Les réponses aux questions concernant la nature des matériaux et leurs altérations sont nécessaires pour optimiser les traitements de conservation-restauration, notamment en étudiant les altérations chimiques et physiques subies au cours du temps sur des recréations de peintures sur parchemin soumises à des vieillissements accélérés.


Projet financé par la Région Aquitaine.


Publié le 1er septembre 2012 , mis à jour le 8 février 2022.

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