RAPSODIE
Reconnaissance des Agglomérations Protohistoriques du Sud-Ouest : Dynamiques, Imagerie, Environnement
Présentation générale
Le projet RAPSODIE (Reconnaissance des Agglomérations Protohistoriques du Sud-Ouest : Dynamiques, Imagerie, Environnement) est né en 2019 d’un constat majeur : la compréhension des premières formes urbaines d’Europe tempérée demeure profondément lacunaire.
Le projet cible spécifiquement les prémisses du phénomène urbain, correspondant aux agglomérations ouvertes occupées dès le IIIe siècle av. J.-C. Il s’intéresse ainsi à la première vague d’urbanisation celtique, antérieure de près de deux siècles à l’apparition des oppida (sites fortifiés).
Longtemps, les oppida fortifiés de la fin du IIe et du Ier s. a.C. ont été considérés comme les premières villes celtiques. Or, depuis plus d’une vingtaine d’années, les recherches européennes ont révélé l’existence d’agglomérations ouvertes, antérieures de près de deux siècles, apparues dès le IIIe s. a.C., de l’Atlantique aux Carpates.
Ces établissements :
- ne possèdent pas de fortifications monumentales ;
- présentent des constructions en matériaux périssables ;
- s’étendent sur plusieurs dizaines d’hectares ;
- concentrent activités artisanales, échanges commerciaux et innovations monétaires.
Ils sont pourtant extrêmement difficiles à identifier : peu visibles dans le paysage, rarement fouillés sur de grandes surfaces, souvent connus seulement par des indices ponctuels.
La Nouvelle-Aquitaine constitue une zone-clé pour étudier ce phénomène, en raison d’une concentration remarquable de sites attribuables aux phases anciennes de l’urbanisation celtique.
Le projet repose sur une approche interdisciplinaire mobilisant les technologies d’imagerie, de prospection géophysique, de modélisation 3D et d’analyse spatiale, afin de renouveler la connaissance de ces sites et de leur environnement.
Sites étudiés et constitution du corpus
Les sites étudiés ont été sélectionnés en amont du lancement du programme, afin de constituer un corpus cohérent d’agglomérations attribuables à la phase ancienne de l’urbanisation celtique.
- Lacoste (Mouliets-et-Villemartin, Gironde)
- La Peyrouse (Saint-Félix-de-Villadeix, Dordogne)
- Blis / Eymet (Dordogne) — malgré l’identification d’un possible rempart en 2018, l’occupation principale reste attribuable aux phases anciennes
- Eysses (Villeneuve-sur-Lot, Lot-et-Garonne)
- Le Mas-d’Agenais / Revenac (Lot-et-Garonne)
Ces agglomérations étaient inégalement documentées. La sélection repose notamment sur la présence de marqueurs matériels diagnostiques rattachables au IIIe s. a.C. (en particulier de monnaies précoces attestant l’émergence de l’économie monétaire).
La concentration de ces établissements en Nouvelle-Aquitaine fait de cette région un observatoire privilégié pour l’étude des origines du phénomène urbain en Europe tempérée.
Problématique scientifique
Les agglomérations ouvertes qui se développent dès le IIIe s. a.C. représentent un moment clé de l’histoire européenne. Elles témoignent d’une transformation profonde des sociétés celtiques, marquée par :
- l’apparition d’habitats étendus et structurés, avec une urbanisation planifiée ;
- le développement d’activités artisanales spécialisées ;
- l’intensification des échanges commerciaux ;
- la structuration de l’espace selon des logiques proto-urbaines.
En raison de leur faible visibilité archéologique et de leur grande extension, ces sites restent encore largement méconnus. Le projet RAPSODIE vise à combler cette lacune en développant des méthodes adaptées à leur étude extensive et non invasive.
Objectifs scientifiques
RAPSODIE répond à quatre objectifs principaux :
- Préciser l’étendue des agglomérations. Identifier leurs limites éventuelles (palissades, fossés, zones vides ou absence de limite) et comprendre la nature de leur délimitation, qu’elle soit politique, identitaire ou fonctionnelle.
- Caractériser leur organisation interne. Localiser habitats, quartiers artisanaux, sanctuaires, axes viaires et espaces spécialisés afin de restituer la morphologie de ces premières agglomérations.
- Appréhender leur environnement. Reconstituer topographie, dynamiques sédimentaires, hydrographie, géomorphologie et évolution des paysages pour comprendre les facteurs d’implantation.
- Initier une démarche comparative européenne. Mettre en relation les sites du Sud-Ouest avec les grands référentiels d’Europe centrale (Němčice en Tchéquie, Roseldorf en Autriche, Manching en Allemagne...) et confronter les acquisitions afin de mieux comprendre l’émergence et les formes du phénomène urbain celtique.
Méthodologie
Le projet a mobilisé un arsenal méthodologique complémentaire :
- prospection magnétique à grande échelle ;
- tomographie de résistivité électrique ;
- LiDAR ;
- photointerprétation ;
- analyses paléoenvironnementales (palynologie, géomorphologie, carottages) ;
- analyse hydrologique ;
- modélisation 3D ;
- intégration des données dans un système d’information géographique (SIG) ;
- structuration des données au sein d’une base collaborative (Huma-Num).
L’objectif est double :
- obtenir une vision extensive et non destructive de sites couvrant parfois plus de 40 hectares ;
- élaborer un protocole reproductible applicable à d’autres agglomérations européennes.
Partenaires
Établissements porteurs
- Université Bordeaux Montaigne
- Université de La Rochelle
Laboratoires et institutions
- Archéosciences (ex. IRAMAT-CRP2A)
- LIENSs
- Archéovision
- Ausonius
- I2M
- Laboratoire Astrophysique de Bordeaux (LAB)
- TRACES
- Inrap
- HADES
- DRAC Nouvelle-Aquitaine
Institutions patrimoniales et territoriales
- Musée Vesunna
- Musée d’Aquitaine
- Commune de Saint-Félix-de-Villadeix
- Conseil départemental de la Dordogne
- Associations (ADRAHP, AA47, etc.)
Valorisation
RAPSODIE s’est inscrit dans une dynamique forte de diffusion scientifique et patrimoniale :
- exposition « À deux pas du passé. Les premières villes celtiques révélées » (Vesunna, 2024–2025) ;
- ouvrage de vulgarisationsous forme de catalogue scientifique (64 auteurs) ;
- film documentaire en cours (Court Jus Production) ;
- parcours de randonnée patrimonial (« La boucle des siècles ») ;
- restitution 3D interactive ;
- plus de 20 conférences publiques ;
- reportages TV (TF1, France 3) et radio (France Bleu, France Culture).
Ces actions participent à la reconnaissance et à la valorisation d’un patrimoine protohistorique encore largement méconnu à l’échelle régionale et nationale.
Direction du projet :
- Eneko Hiriart (CNRS, Université Bordeaux Montaigne, Archéosciences)
- Vivien Mathé (Université de La Rochelle, LIENSs)
Doctorat associé : Juliette Hantrais, thèse soutenue en 2023 (sous la codirection de Rémy Chapoulie, Vivien Mathé et Eneko Hiriart). Reconnaissance des agglomérations ouvertes précoces du sud-ouest de l’Europe celtique : confrontation des données géophysiques et archéologiques.
Projet financé par la Région Nouvelle-Aquitaine et l’Université Bordeaux Montaigne (2019-2024).
Publié le 1er janvier 2019 , mis à jour le 5 mars 2026.


