Changer, échanger, innover

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Structuration des populations et interactions

Cette thématique est appréhendée dans la future équipe à partir de recherches diverses et complémentaires, qui concernent des contextes géographiques et temporels très vastes. Notre équipe souhaite ainsi poursuivre et renforcer les travaux en cours concernant à la fois les cultures néandertaliennes, au Proche-Orient et en Eurasie, entre ca. 500 et 35 ka, les diffusions des Hommes Anatomiquement Modernes (HAM) et leurs évolutions culturelles sur le continent africain, en Afrique de l’Ouest et en Afrique du Sud, de façon diachronique au cours du Pléistocène et de l’Holocène, mais aussi leur diffusion en Europe de l’ouest, leur éventuelle présence en synchronie avec les derniers Néandertaliens, et enfin leur arrivée sur le continent américain, plus tardive mais encore mal datée, avec cette fois l’arrivée dans des lieux vierges de toute occupation humaine antérieure. Notre contribution à ces recherches vise à l’établissement d’un cadre chronologique affiné et renouvelé, en particulier grâce aux méthodes basées sur la luminescence des matériaux (TL, OSL, IRSL). Nous poursuivrons les avancées quant aux modèles de distribution des doses équivalentes, les recherches concernant les questions dosimétriques, et les modèles permettant de combiner ces deux informations pour un meilleur contrôle des résultats. Afin d’affiner le cadre chronologique, des approches innovantes comme la datation de surface des roches seront introduites au laboratoire et développées, tout comme la datation de sédiments volcaniques (spécifiquement pour les projets développés en Afrique de l’Est). Nous développerons une approche multi-méthodes (croisements entre les méthodes basées sur la luminescence, le radiocarbone, les séries de l’uranium…) et multi-matériaux (quartz et feldspaths sédimentaires, pierres chauffées, matériaux volcaniques…). En plus des résultats des méthodes de la luminescence, nos travaux sur les datations par U/Th par ablation laser, menés en collaboration avec l’UPPA (UMR IPREM) (projet CRNA RENHOV 2018-2021), seront poursuivis afin de compléter les types d’échantillons datables par le laboratoire (dépôts carbonatés, coquilles, dents et bientôt ossements) A terme, nous espérons pouvoir proposer la datation de fossiles humains au-delà de la portée chronologique de la méthode basée sur le radiocarbone.

En ce qui concerne le continent africain, les sites dont l’étude sera poursuivie et les nouvelles études envisagées se situent principalement sur deux zones : en Afrique de l’Ouest, au Sénégal, où les premiers sites de type Acheuléens en contexte stratigraphique ont été récemment découverts (collaboration avec l’Université de Genève et l’Institut Fondamental d’Afrique Noire de Dakar) et en Afrique Australe (Afrique du Sud/Zimbabwe) où les questions d’émergence des comportements modernes et de la culture matérielle San seront fusionnées (ANR MileStoneAge en cours d’évaluation, en collaboration avec le LAMPEA, L’IPREM, et les universités de Tübingen et Liège). La direction d’une opération de terrain en Argentine (site Cacao 1A, financement MEAE) permettra de développer ces recherches en chronologie dans une approche intégrée, depuis la planification de l’opération archéologique jusqu’à la contribution aux modèles de peuplement régionaux ou macrorégionaux. Les terrains déjà étudiés ou envisagés pour les prochaines années couvrent des environnements divers sur tout le sud du continent américain (Serra da Capivara, Brésil : collab. UMR ArScAn et projet ANR SESAME 2021-2014 ; boucle du fleuve Uruguay, Brésil : collab. MNHN, UMR 7194 HNHP ; Andes argentines : collab. Université de Tucuman, mission MAFANS soutenue par le MEAE, dir. Ch. Lahaye ; rio Catalan-Chico, Uruguay : collab. LSCE, mission MAFAU soutenue par le MEAE, dir. Ch. Hatté). Au Proche-Orient, nos travaux seront partagés entre des gisements découverts récemment (ex. Tinshemet, Jaljulia) ou d’autres biens connus des préhistoriens et paléoanthropologues (Qafzeh, Hayonim, Tabun, Skhul, Misliya,…) mais dont les échantillons pourront être analysés avec des approches nouvelles. Les changements culturels (sensu stricto : changements technologiques, manifestations symboliques, rapport aux morts …) des Néandertaliens et des HAM sur trois continents au cours de la fin du Pléistocène et de l’Holocène seront replacés dans leur cadre paléoenvironnemental et écologique, grâce à la poursuite des travaux sur les carottes marines (Golfe de Gascogne, Baléares, golf du Parnaiba) et lacustres (Brésil) et la modélisation de leur chronologie (à partir des données 14C, OSL et IRSL). La construction de cadres chronostratigraphiques renouvelés permettra de mieux comprendre comment ces cultures paléolithiques se sont développées, à quel rythme, ainsi que la structuration spatiale des occupations et la diffusion de ces populations à différentes échelles.

A une autre échelle et pour une période différente, nos travaux concerneront également la structuration des villes gauloises à l’ ge du Fer en Europe tempérée (projet CRNA RAPSODIE 2019-2024). Pour cette période sans écrit, qui est appréhendée via la culture matérielle, la monnaie constitue un marqueur objectif précieux des identités de ces sociétés et de la façon dont elles ont interagi. La construction de larges bases de données spatialisées, et les collaborations internationales déjà établies par les chercheurs de notre équipe dans ce domaine permettront de croiser les données sur de larges espaces, afin d’identifier les flux, les interactions, les identités et de définir les territoires qui s’y rapportent. Il s’agit donc d’une approche multiscalaire, de l’objet à la reconstruction de dynamiques à l’échelle européenne. La coïncidence - au sens temporel - entre la monétarisation de ces sociétés et l’apparition des premières villes en Europe sera particulièrement étudiée. L’approche adoptée induit des collaborations entre différents spécialistes de l’UMR Archéosciences-Bordeaux et des collaborations plus larges : numismatique, méthodes géophysiques afin d’appréhender ces espaces et la structuration de ces villes dans leur globalité (développement méthodes sol-air : caméras IR, radars), leur étendue ainsi que leur environnement, études palynologiques afin d’appréhender l’incidence de l’environnement sur l’apparition de ces villes, archéologie (plusieurs interventions archéologiques de terrain sont prévues en Nouvelle-Aquitaine et dans le Nord de l’Espagne), études chronologiques à travers le matériel archéologique et les données stratigraphiques. La dimension transpyrénéenne est ici très importante et les échanges entre les deux zones de part et d’autre des Pyrénées seront étudiés.

D’une façon générale, le développement des outils de modélisation chronologique, en particulier basés sur les statistiques bayésiennes, sera poursuivi afin de répondre aux nécessités de ces études sur la diffusion des hommes, des groupes, mais aussi des savoir-faire techniques et des évolutions culturelles, en lien avec les évolutions environnementales et écologiques (Projet CNRS AAP80/Prime CHRONOCURVE 2019-2023).

Approvisionnement et circulation des matières premières

Les études sur l’économie des matières premières, en termes d’approvisionnement, de sélection, puis d’abandon constituent une part importante de nos recherches en ce qu’elles contribuent à la compréhension de l’organisation des sociétés humaines.

Nous poursuivrons l’étude de la diffusion des marbres dans l’Aquitaine romaine, dans une chronologie s’étendant jusqu’au Moyen- ge, en partenariat avec l’ICAC de Tarragone, Espagne, et l’université de Poitiers, en développant une approche multi-méthodes (mobilisant pétrographie, cathodoluminescence, ICP et RMN). Ce travail, dont un des objectifs est de mesurer le périmètre de diffusion des marbres Pyrénéens, se poursuivra avec un projet en partenariat avec Poitiers (HeRMa) : un PCR est accepté pour 2021-2024, et un projet région déposé (Aquitania Ornata). Au-delà des marbres, ce projet contient également une étude des enduits peints issus d’agglomérations importantes de l’Aquitaine Romaine - Bordeaux et Poitiers : la caractérisation pétrographique et géochimique des mortiers de support utilisés permettra d’évaluer voire de comparer les pratiques et techniques utilisées par les artisans pour réaliser ces supports.

Les stratégies d’approvisionnement en matière première argileuses, qui témoignent des mobilités des groupes et des individus mais aussi de l’évolution dans les choix et les stratégies, seront étudiées de façon diachronique dans plusieurs zones du monde, grâce à des projets déjà en cours ou des collaborations naissantes. Ces études iront par exemple de sites chalcolithiques et de l’ ge du Bronze dans le Caucase (ANR 2MI, 2020-2023, porté par C. Marro, Archéorient ; partenaires : IRAMAT-CRP2A, AASPE et MNHN)) à des gisements de méso-Amérique et d’Amérique du Sud (Pérou) aux périodes pré-colombiennes (ANR CHUPICERAM, 2020-2023, porté par V. Darras, ARCHAM ; partenaires : IRAMAT-CRP2A et CEMCA). Les enjeux en termes de référentiels seront particulièrement abordés, grâce aux projets de collaboration en cours avec V. Roux (UMR 7055) et les équipes APA (université de Genève) et TRACES (Université de Toulouse).

Au-delà des aspects purement matériels, la couleur produite est régie par des choix d’ordre esthétiques, culturels, d’approvisionnement et/ou de coût. Elle porte souvent en elle des aspects symboliques forts, propres aux sociétés ou peuples qui les ont utilisés et/ou en lien avec la représentation (iconographie). Nous poursuivrons nos recherches sur les pigments et colorants (minéraux et organiques) afin de contextualiser l’usage des matières colorantes par les sociétés humaines, sur des périodes allant de l’Antiquité à nos jours, et de mieux appréhender les aspects symboliques portés par la couleur. Plusieurs projets sont en cours (Albâtres (labex, 2018-2021) ; CRNA “Aubusson” (2019-2022) ; ...), d’autres à l’étude (ERC Textiles sur la route de la soie (2022-2027) ; CRNA ou GPR sur l’étude des colorants synthétiques avec la Cité Internationale d’Aubusson et le Musée de Cluny ; ...), afin de mieux comprendre l’exploitation des matières premières et la circulation des ateliers, dans une géographie vaste, du Sud-Ouest de la France au Japon en passant par l’Espagne et la Sibérie, et de façon diachronique, de l’Antiquité à nos jours.

La circulation et l’économie des matières premières préhistoriques est également un sujet important qui fait l’objet d’études diachroniques (périodes préhistoriques et protohistoriques). Aux travaux déjà engagés à partir des obsidiennes, ocres, rhyolites et silex, s’ajouteront au cours des prochaines années des études centrées sur l’approvisionnement et la circulation des basaltes et des quartz, en relation avec l’étude des systèmes techniques. Ces derniers matériaux, encore peu étudiés en termes de provenance, nécessiteront une optimisation des stratégies analytiques mais aussi des développements en termes statistiques (traitement des données) et de traitement spatial. Ces questions seront traitées dans des aires géographiques diversifiées : entre autres, les études en zone tyrrhénienne (Sardaigne, Corse) seront poursuivies, tout comme le projet autour des circulations de matière première de part et d’autre des Pyrénées au cours du paléolithique et plusieurs projets devraient permettre l’accès à des sites néolithiques et des matériaux au Proche-Orient et dans le Caucase. En Amérique du Sud, de nouveaux travaux auront lieu sur la circulation de matières premières lithiques à partir du début de l’Holocène dans les Andes argentines, dans le cadre de la mission MAFANS financée par le MEAE. Enfin, les travaux entamés sur la question des matières colorantes de la Préhistoire, des ocres en particulier, lors des projets LabEx The earliest use of pigment in South West France et CUMILA (LaScArBx ANR-10-LABX-52) seront également renforcés à l’avenir. Cette thématique s’appuiera sur un réseau collaboratif important avec notamment, en France, le C2RMF, l’INRAP et les UMR Archéorient, CENBG, Edytem, Histoire Naturelle de l’Homme Préhistorique, IRAMAT (Centre Ernest Babelon), LAMPEA, MONARIS, PACEA, TRACES ; à l’étranger, Universitat de Barcelona (Espagne), l’Università degli Studi di Cagliari (Italie) et University of New England (Australie).

De nouveaux développements seront menés sur une spécialité relativement récente au sein du laboratoire, s’intéressant aux matériaux organiques. Des études seront ainsi menées sur les matériaux ayant été contenus dans des céramiques, surtout du vin, de la Protohistoire à l’Antiquité tardive, en Nouvelle-Aquitaine, grâce à la spectrométrie de masse et lorsque les quantités de matière le nécessitent par la RMN, en proposant une approche holistique, i.e. sans extraction préliminaire de la matière organique.

De façon transversale à toutes ces études sur l’approvisionnement et la circulation des matières premières, nous nous attacherons collectivement à aborder la question des référentiels, à travers notre approche méthodologique particulière, en analysant les géoressources disponibles, et en identifiant les facteurs présidant aux choix des artisans évoluant dans des contextes culturels connus. Cette question sera abordée en lien avec l’archéologie expérimentale. L’ensemble contribuera à faire évoluer nos modèles interprétatifs en matière de stratégie d’approvisionnement en ressources (sélection, abandon,…) dans un territoire et sera aussi à disposition de la communauté scientifique pour l’interprétation des compositions des artefacts.

Conservation, préservation et valorisation du Patrimoine et des matériaux du patrimoine

Une partie de nos études concernent les questions de conservation et préservation des matériaux du Patrimoine. Les études portant sur la taphonomie des parois des grottes ornées, initiées au cours des dernières années, se poursuivront, en y adjoignant des études des matières organiques, des tests de vieillissements accélérés, afin de mieux connaître à la fois les matériaux et leurs modes d’altération. Le croisement des données sera effectué grâce à la création d’un outil informatique, réel outil de recherche permettant l’intégration de données de natures très différentes, en particulier archéométrique, dans les systèmes de restitution 3D, pour une meilleure interprétation du Patrimoine, à différentes échelles (objet ou artefact/monument/site). Cette méthode innovante, déjà en place en ce qui concerne la grotte de Lascaux (projet SIR3D et logiciel), permet de collecter des données hétérogènes et de les rendre interrogeables, relié à une modèle 3D ou une acquisition 3D.

L’approche analytique visant à caractériser les matériaux comme leurs modes d’altération et leur environnement sera également poursuivie et augmentée en ce qui concerne l’étude des textiles, dans le cadre de différents projets et collaboration permettant d’aborder cette question à partir de textiles d’époques et de provenances diverses : projets Aubusson (CRNA 2019-2022) qui implique une nouvelle collaboration avec la Cité internationale d’Aubusson autour de la création d’un atelier de teinture à partir de 2022 ; collaborations avec le Musée d’Ethnographie de l’université de Bordeaux pour l’étude des textiles en peau de poisson Sibérien, projet porté par des membres de l’actuel CRP2A, en cours de construction.


Publié le 18 juin 2021 , mis à jour le 31 août 2022.

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